Samedi 21 avril Photos Je bosse jusqu’à 13h30, puis pars me balader autour de Oksu, sur la rive nord de la Han river. Je remonte le pont jusqu’au-dessus de la voie rapide qui passe par-dessus la rive, dédiée à la promenade. L’air est particulièrement mauvais aujourd’hui : le vent venu de Chine ramène la pollution. J’ai investi dans un masque en tissus. Je repère depuis le pont un immeuble abandonné et m’en rapproche. Autour c’est un vrai dépotoir, et le bâtiment semble être un squat ; en m’approchant je ne vois personne. Un vieux s’arrête pour jeter un sac plastique dans la cour, Un groupe d’enfants vont jusque devant la porte, hésitent, puis passent leur chemin. En faisant des photos j’aperçois soudain une femme à l’intérieur, au premier étage. Elle va sur son balcon vitré, se saisit d’un ceintre auquel pend une chemise d’homme. Je prends conscience du seul climatiseur encore accroché à leur étage, il y a donc un couple qui vit ici, comme si de rien n’était. Le 4x4 dans la cour leur appartient sans doute.

De Oksu je marche vers Geumho, ou habite Kim Su-bak (voir samedi 14 avril). Je croise une jeune femme qui porte le pare-choc avant de sa voiture près de celle-ci, où l’attend un motard, assis en tailleurs près de sa moto.En arrivant près de Geumho, c’est ambiance marché, avec toutes sortes d’aliments, poissons, graines, légumes… Il y a du monde, surtout des femmes.

Il est tard et je file à mon rendez-vous. Nai-sea vient me chercher à la station Hongik, gate 6 (il n’y a pas de gate 6, lorsque j’ose demander un portable à des jeunes après avoir cherché sans succès une cavine téléphonique, on me tape même le numéro de téléphone). On se retrouve et nous rejoignons Pimang, la chanteuse de Cabinet Singalongs (elle est super bien habillée !). Avec elle, le guitariste du groupe, Mok-in. Nous allons au restaurant, où Jjajan (la joueuse de flûte) nous rejoint. Elle est designer et illustratrice. La salle de concert s’apelle Kuchu-camp, spécialisés dans les groupes de rock underground et souvent japonais. Le premier concert commence à 19h00, avec les Baby Sould Child. Après deux morceaux, le chanteur lève son verre et fait des blagues, remercie le public …etc. Puis il tend le verre dans ma direction et me dit un truc. À la réponse de Pimang « il est français », je comprends la question. Je pensais être passé inaperçu, c’est râpé. Il me redemande quelque chose que j’interprète comme « comment on dit en français ? », je réponds « santé ». C’est très particulier. En France personne ne ferait attention à un étranger, et l’accueil est chaleureux. Entre chaque morceau il fera des blagues, (ce sera le cas pour les autres groupes). C’est un petit public de connaisseurs, l’ambiance est bonne, même si on danse peu ce soir. Derrière moi, le chanteur du prochain groupe, qui a vécu deux ans en Angleterre, me taxe une Winston. « je kiffe ça et la Stella, mais des Winston on en trouve pas ici » J’irai m’acheter un paquet de Marlboro et lui filerai mes dernières clopes. Ce deuxième groupe joue très bien, et le lui finit par jeter sa guitare (il part en sucette, mais quel niveau !) et joue en fouettant les cordes avec son pass artiste. Il finit accroché aux enceintes. Le musicien suivant est coréen, d’origine japonaise. Il joue du ukulélé et de l’harmonica en solo. C’est un mélange de chanson douce et de pétage de câble, vraiment génial.

Enfin c’est le tour de Cabinet Singalongs. Une fois le concert terminé nous partons dans un bar dont un mur entier derrière le comptoir est couvert d’étagères de vinyles. Que des titres de pop coréenne depuis les années 70/80. Le patron enchaîne les disques. Je fais la connaissance de plusieurs musiciens, et aussi de In-bum avec qui j’ai pas mal discuté après le concert, il parle français et a vécu à Orléans. Le bar ferme à quatre heures, et je rentre en taxi avec Jjajan et Nai-sea, chez qui je dors ce soir. Juste avant de dormir il m’annonce qu’il est insomniaque et lance un film. Jong-min ne sera pas venu finalement. Je sombre direct.

Vendredi 20 avril Passé ma journée à finir le site web, et mailé le lien à une centaine de personnes. Une phrase bien neutre car je m’adresse autant à des amis qu’à des gens que je n’ai fait que croiser. Nous allons au restau avec Song-hee que je connais déjà, une autre dessinatrice que je rencontre pour la première fois, Lee Jung-hyun, qui veut aller à Angoulême, et Kir-yang que je ne connaissais pas non plus. Son dernier passage au bureau remonte en fait à la veille de mon arrivée. La grande sœur de Song-hee fait du tennis, aussi je lui demande s’il elle peut m’emmener jouer un de ces jours.J’ai aussi demandé ça à Kir-yang (prononcer kilian). Il en a fait un peu à l’université, et me dit qu’il se renseignera. En trois semaines je n’ai pas fait un brin de sport, pourtant j’avais amené avec quelque espoir ma raquette de tennis dans mon sac, entre les espadrilles, la bouteille de pastis à offrir et la tablette graphique. Kir-yang a 32 ans, il est le deuxième enfant d’une famille de trois fils, et vit avec son père qui est journaliste à la retraite. Ils habitent en banlieue. Le soir je termine l’envoi des mails. Je n’ai pas mis un pied dehors depuis lundi soir, je suis impatient d’être à demain (concert de Cabinet Singalongs).
Jeudi 19 avril Crevé. J’essaie de joindre mon banquier et Irène à l’école pour les élections mais sans succès (c’est les vacances en France. Je me dis que ce mot sonne creux ici). Young-sin est repassé ce soir voir Dae-joong, nous nous sommes rencontrés il y a une semaine exactement, et nous retournons au même restaurant le soir, et nous reprenons les mêmes places autour de la même table. Il est convenu qu’il m’appelle samedi midi pour le concert de ses amis, dimanche. Aujourd’hui je me suis inscrit pour faire un blog sur Naver (tous les artistes de Sai comics ont le leur, voir en page de liens), mais on n’arrive pas à le switcher en anglais. Ce matin j’ai reçu deux cartes postales d’Amanda, depuis la Bretagne où elle est en vacance avec sa mère.
Mercredi 18 avril Jong-min est passé aujourd’hui montrer son travail. Nous rigolons de la soirée passée ensemble. Lui a dormi toute la journée d’hier. Je lui demande si on se voit au concert, il essaiera de venir mais il me dit qu’il travaille samedi, je ne sais dans quoi. On regarde un début de film japonais, puis je retourne à la rédaction du site (je suis drôlement en retard).
Mardi 17 avril Jong-min me réveille et m’accompagne jusqu’au métro, je le remercie très fort. Il passera au bureau dans la journée ou demain me dit-il. Il est huit heures trente, le métro et la journée qui s’en suivent sont un calvaire, mais je tiens. Plus en forme à la fin de la journée, je propose à Miss Cho et Dae-joong de sortir boire un verre (je les invite), aussi nous partons vers le sud pour une petite ballade de fin de journée le long d’une rivière qui a été aménagée près des buildings de riches autour de Dogok. On passe près d’un terrain de basket, puis nous revenons par une rue de bars à vin (compter dix euros le verre minimum). Finalement nous buvons une bière. Miss Cho et Dae-joong n’ont que peu de fois l’occasion de faire ce genre de sortie. Ils m’en avaient déjà fait part lorsque nous étions allés au Coex Mall. Nous rentrons et je bosse jusqu’à deux heures trente. Miss Cho est partie dix minutes plus tôt.
Lundi 16 avril Debout de bonne heure pour taper un peu de journal. La journée passe difficilement, je pense pouvoir bosser encore ce soir, mais vers cinq heures Jong-min appelle, et m’invite chez lui ce soir. Je termine le boulot et j’y vais. Il habite à la station Mapu-go Office (ligne 3, au nord-ouest de la ville, il faut environ quarante-cinq minutes pour s’y rendre). Jong-min vient me chercher au métro. Il habite à quelques dizaines de mètres de la station, dans un appartement qu’il partage avec un ami livreur de plats cuisinés le jour et chanteur de punk le soir. Il y a déjà un autre ami chez lui, Gu Pa-bal, puis Nai-sea qui arrive. Nai-sea est bien disposé à parler anglais, ce qui est moins le cas de Gu Pa-bal mais nous arrivons à un timide début de communication. Puis c’est Ji-eun qui arrive, la première fille de la soirée. Elle me dit bonjour et s’en va à la cuisine préparer le repas. En fait la soirée était prévue ainsi : c ‘est la première fois qu’elle vient chez Jong-min, donc c’est une manière de fêter cela. Jong-min a eu la très bonne idée de me faire venir ce soir-là. Nous discutons un peu autour du repas, Nai-sea repart, puis Gu Pa-bal va méditer (en fait il s’endormira). Ji-eun (ou Pimang) a trente ans, elle est chanteuse et accordéoniste du groupe Cabinet Singalongs (http://www.cabinetsingalongs.com/) dont fait aussi partie Nai-sea. Ils donneront un concert samedi et m’ont invité à venir les voir. J’appellerai Nai-sea -« He is your contact »- qui m’a laissé son numéro de téléphone. Pimang connaît un bon nombre de groupes français, de Piaf et Brel à la Tordue. Leur musique est d’inspiration russe, très douce et je suppose assez particulière pour le public Coréen. Jong-min m’explique qu’ils sont connus chez les alternatifs. Bonne surprise, Pimang a apporté un dvd des épisodes de Cheebourashka, série de quatre épisodes que je connais mais dont je n’avais pu voir que des extraits. Nous regardons aussi des films de Yuri Norstein. Après un moment, le colocataire de Jong-min appelle « Enfin ! Je suis toujours en train de l’attendre. Je suis un pauvre dessinateur solitaire ici… » s’était-il plaint en rigolant un peu plus tôt. Punk-man (je ne me souviens plus de son nom) arrive bientôt avec sa copine. Il rapporte une soupe de tripes et un plat en sauce que nous partageons, avec de la bière et du soju. J’essaie de mettre tout le monde à l’aise. Nous parlons un peu de musique, regardons des vidéos de concert. Jong-min parle systématiquement en anglais, puis c’est la copine de punk man avec qui je fais le plus connaissance. Elle a déjà voyagé en Afrique du sud et parle bien anglais. Ils font un effort à leur manière et petit à petit on parle tous anglais. Les deux colocataires commencent à se lancer des vannes, puis à se traiter de gay, puis de gay + autre chose etc… ça va jusqu’à la nécrophilie, enfin on se met à parler pour de bon (le taux d’alcoolémie grimpe aussi). Nous sortons même racheter du soju, après en avoir vidé six bouteilles (j’ai découvert le soju + jus de fruit), je rachète des clopes. Jong min se couche, je lui demande l’heure il me dit 4h30. La copine du colocataire de Jong-min est maintenant à l’écoute de Gu Pa-bal, qui ne parle plus, il hurle (il a dormi deux heures et pète le feu). Pimang est rentrée depuis belle, et moi je n’arrive pas à dormir, j’ai l’impression qu’on m’hurle dans les oreilles. Je dois me lever dans moins de quatre heures pour aller bosser, c’était une soirée géniale et j’ai vomi mon soju pour la première fois. J’entrevois un réveil difficile.
Dimanche 15 avril Photos Ce matin je me ballade aux alentours de Apgugeong, à la recherche du restaurant Diner Like, que je ne trouverai qu’après avoir bien tourné dans le quartier. Ils n’ont pas encore ouvert le dimanche. Je repars donc en direction du métro, ce qui me permet de voir un mouvement de parents d’élèves allant du collège le plus proche à la grande église du quartier. Le tout sans grand bruit et en deux ou trois minutes pas plus. Il faudra que je visite des écoles avant de repartir. Je me rends à insadong (la rue historique et touristique) dans l’espoir de pouvoir y développer quelques photos, mais c’est dimanche, alors je continue et tombe sur Cheong gye cheon, la rivière que m’avait montré Young-sin jeudi soir à Dongdaemum. C’est une magnifique promenade à faire, et l’on y croise de nombreuses familles et couples qui viennent y faire leur sortie dominicale. La rivière fait dix mètres de large, et de chaque côté des quais permettent la circulation. Sous les ponts il y a des expositions photo. Projet du maire de la ville, ce grand chantier traverse le centre ville de quartiers datant des années soixante-dix promis à un réaménagement imminent, lorsque ça n’a pas été encore fait. Sur le retour j’aperçois un cinéma datant des années soixante, et la majeure partie des bâtiments de cette zone sont de cette époque. Avant cela j’ai pu me rendre compte qu’aux abords de Cheong gye cheon, ce sont des quartiers entiers qui attendent d’être démolis, murés derrière de hautes palissades de tôle. Peut-être reste-t-il un magasin d’ouvert dans le pâté d’anciens immeubles qui empêche les autorités de tout raser. À proximité s’élèvent déjà des buildings, comme annonçant la future disparition de ces zones en friche.

La taille de leur surface au sol renseigne assez sur la nature de l’architecture prévue à cet endroit.Au fait, j’ai goûté aux viennoiseries de Paris Baguette, dont on trouve plusieurs magasin dans toute la ville. C’est vrai que leurs croissants sont bons. Seung-won m’avait dit, « C’est cher mais c’est, hum, délicieux ! », en embrassant le bout de ses doigts. Nous allons au mariage d’une des artistes de la maison d’édition. Son futur mari est photographe, elle est designer graphique. Miss Cho (Kyung-sook shi) passe nous chercher au bureau vers 15h30, puis nous prenons un taxi jusqu’à Chungmuro, où se trouve un grand parc traditionnel dédié à l’architecture d’époque. Nous marchons vers le centre de ce dernier, puis nous entrons dans un vieux bâtiment. On y célèbre le mariage, la cérémonie a déjà commencé. Le couple est magnifique, tous les amis et la famille sont là, ainsi que les visiteurs du parc, puisque n’importe qui peut y rentrer.

L’un des copains photographes se charge de réaliser des clichés, il mitraille sérieux. Parfois il s’approche à dix centimètres des visages des mariés et des parents, mais il fait ça bien (un moment le marié fait mine de lui mettre un coup de boule). C’est ce même ami qui rassemblera tout le monde pour la photo de famille et d’amis. À l’entrée il y a un stand où l’on reçoit les donations pour le couple. Une fois l’enveloppe remise, on nous délivre trois tickets qui nous permettrons d’aller manger à la cantine installée pour l’occasion. Ce que nous faisons sans tarder. Je goûte à de nouvelles saveurs, toutes sortes de desserts, ainsi qu’à un gâteau coréen à base de riz. Nous repartons ensuite vers la station Hongik university où s’organise la fête-barbecue du mariage. Le quartier possède un bon nombre de maisons magnifiques et originales, qui sont pour la plupart des commandes particulières pour des restaurants ou des centres d’art. Certaines sont occupées par des artistes ou des groupes et associations. La maison où a lieu le barbecue est gigantesque, en bois, et possède un grand jardin. Ce sont les locaux d’une boîte de design et d’organisation d’expos dans laquelle a travaillé Dae-joong, Gantext (http://www.gantext.com/). Yang Cheol-mo et Cho Ji-eun, les jeunes mariés, arrivent plus tard (nous avons eu le temps de boire un café avant), et la fête commence. Les menbres d’une association de musiciens appellés Noridan (http://noridan.haja.net/) sont là pour donner un spectacle de danse, chant et percussions en l’honneur du couple. Tout en étant photographe, Cheol-mo est aussi professeur et certains seraient de ses élèves. Au bout d’un moment, il se joint à eux dans leur danse : il est ancien membre des noridan.

Miss Cho et Dae-joong les félicitent. Le barbecue est à peine lancé et déjà on distingue trois groupes distincts parmi les invités: les photographes en costume, que des hommes, près du buffet, les artistes, en train de déjeuner sur l’herbe, et les designers et graphistes, du côté où nous nous trouvons. Je suis ravi de pouvoir féliciter le couple. Ils ont l’air très sympas. Nous repartons bientôt puis, sur le chemin, nous croisons un ami de Dae-joong, Ban Ee-jung (http://blog.naver.com/dogstylist) aujourd’hui critique d’art et qui fait parfois des papiers sur Sai comics. Il est accompagné d’un ami qu’il n’a pas vu depuis un moment et qui est bassiste d'un groupe de rock, ainsi que d’une amie professeur de sciences au collège. Nous allons dîner au restaurant. Je ne parle pas beaucoup ni ne comprends grand chose, j’essaie de ne pas gêner. Ils parlent de leur passion commune du vélo, de concerts, de service militaire, de coupe de cheveux, de beaucoup de choses en somme. Je suis en photo sur son blog !
Samedi 14 avril Photos Dans la rue je demande l’heure, 7h35 (comment puis-je dormir si peu ?) Quelques photos de travailleurs en passant près du grand carrefour de Yangjae. Comme convenu le week-end dernier je travaille le matin, et cette fois je suis suffisamment à la bourre et crevé pour décider de me poser jusqu’à dix heures. J’attends l’ouverture du café Cariboo (dans un style canadien, et les boissons sont à –50% le matin). Un expresso à 1400 won c’est génial. J’en prends trois le temps de faire le point sur ma semaine. Je sors de temps en temps fumer, et j’aperçois un moment trois jeunes militaires qui passent trois coups de téléphone dans des cabines près de la terrasse (cette fois je me suis mis à l’intérieur). Je vais chercher mon appareil, me place à proximité, hésite, puis ils s’en vont. Lorsque dix heures approche, je rentre, et dans la rue qui mène au bureua je les retrouve tous les trois une glace à la main, tout juste sortis de chez mon copain-vendeur qui m’aida à acheter une carte de la ville (voir vendredi 6 avril). Je ne peux résister à leur demander de les prendre en photo, j’insiste pour qu’ils ne cachent pas leurs glaces. Le plus gradé (à gauche) a 24 ans, les deux autres 22, c’est leur « hollyday » aujourd’hui. Celui du milieu présente le plus âgé, se présente à son tour, puis son camarade (« he is first, I am second, he is third »). L’âge, encore, définit le degré de responsabilité.


En fin d’après-midi nous irons à Geumho, chez Kim Su-bak, pour fêter tous ensemble le magazine Sal, comme cela a été convenu la veille. (Young-sin m’avait aussi parlé de ça mais j’avais tout mélangé en fin de compte). Nous partons donc et je rencontre deux nouvelles filles parmi les artistes de Sai comics : Eun-yeong et Nam son, ainsi que Jae-won (voir la photo de la page Sai Comics) qui a étudié des années aux États-Unis et a travaillé en Allemagne comme designer industriel chez une grande marque. Il est rentré depuis six mois et va bientôt faire son service militaire obligatoire (tardivement). Nous parlons longuement, et c’est lui qui nous raccompagnera en voiture au bureau, tard dans la nuit. Il y a aussi Jong-min, que j’ai déjà vu dans la semaine, il sera le premier à m’inviter chez lui suite à cette soirée (voir lundi 16 avril). Lorsque la soirée s’avance, et que comme d’habitude je ne suis plus la conversation au bout d’un moment (malgré de nombreuses traductions de chacun tout au long des repas que nous faisons, merci !), je sors sur le balcon observer les alentours. Nous sommes venus en taxi, et Kim Su-bak nous attendait sur une route qui devenait de plus en plus étroite et en pente. Il habite dans un quartier populaire de Séoul, dont les constructions sont très particulières. À l’origine le quartier a été construit dans un style d’immeubles de deux ou trois étages, d’un standing tout à fait correct. Les décennies passant, le quartier a été investi par de nombreux travailleurs et la place manquant, les immeubles ont été « customisés » en toute illégalité. Aujourd’hui les immeubles font en moyenne six étages, et la surface de chaque niveau diminue légèrement à mesure que l’on monte.

Murs, portes, terrasses et escaliers ont été ajoutés au feeling, ce qui fait que la montée vers les étages supérieurs n’a rien d’ennuyeux ni de régulier, on se croirait dans un jeu de construction labyrinthique. Je prends quelques clichés des alentours, puis il se met à pleuvoir donc je rentre.
Vendredi 13 avril Ce soir, Su-bak, Yeong-deuk et Seong-hee sont venus présenter le magazine auto-édité « Sal » qu’ils préparent en secret depuis un mois. Dae-joong n’était pas au courant, et ils viennent donc le lui annoncer. Ce magazine, à leur initiative, va leur permettre un nouvel espace de création, en plus des livres préparés au sein de Sai Comics(voir la page Sai Comics pour d’avantage de détails).

Après cela nous partons dîner pas loin. Young-sin m’avait parlé du fait qu’ils allaient venir et que c’était une surprise, mais je pensais que ce serait samedi. Il m’avait dit « tu m’appelles quand ils viennent », il nous rejoint donc au restaurant. Young-sin fait partie des neuf artistes ayant publié un travail dans Sal. Le repas dure, ensemble ils discutent du magazine, puis Su-bak nous convie tous à boire une bière. Des danseuses dans la rue annoncent un changement de propriétaire, nous y allons donc. Nous parlons de choses et d’autres, Yeong-duk me promet de me prêter sa voiture pour conduire. Su-bak me montre son permis, « killer licence » ou quelque chose du genre : il a eu son permis il y a presque dix ans et n’a jamais conduit depuis. Yeong-duk raconte comment il s’est fait arnaquer la veille. Il a invité des amis à boire, dehors, un « piki » leur disait qu’il y avait des femmes danseuses gratuites à l’intérieur, ils sont rentrés et ont bu deux bouteilles de vin. Au moment de payer, la note s’élève à plus de 300 euros, et il est noté qu ‘ils ont consommé quatre bouteilles. Après la brouille ils décident d’apeller la police. Résultat, ils doivent payer plus, puis les policiers négocient leur part avec le gérant. Tout le monde se marre : il est arrivé la même chose à Su-bak il y a quelques années, et Young-sin (né dans le quartier des Yankees) dit que les « piki » ont repéré leur accent de la campagne (« country boys ! »).
Jeudi 12 avril Photos Ce matin nous sommes allés boire un café avec Dae-joong. Comme nous nous mettons en terrasse il me reprécise que nous sommes sans doute les seuls à faire cela (à cinq mètres du boulevard). La pollution est effectivement énorme, et depuis le départ j’ai ressenti la nécessité de me laver après chaque sortie. Je me traîne une semi-bronchite depuis ma marche de dimanche, et je sais qu’il faut se protéger le corps et la tête en cas de pluie. Je comprends mieux maintenant les habitudes de ma copine (taïwanaise) qui, lorsqu’elle est arrivée en France, prenait ces précautions par réflexe. Cette semaine je passe mon temps à terminer le site, ce qui m’empêche de me lever tôt. Fin d’après-midi, Young-sin passe à l’atelier. Il est parmi les plus jeunes artistes de Sai Comics, nous avons le même age, et cette analogie a son importance dans les mœurs coréennes. Nous sommes amis, si je comprends bien. De toute évidence, Young-sin semble bien disposé à s’occuper de moi. Il habite Itaewon, le quartier des étrangers où j’ai été samedi dernier. Dae-joong et Kyung-sook shi lui expliquent que je dois acheter des vêtements, il se propose donc de m’accompagner à Dongdaemum, où se trouve le marché extérieur de nuit dans lequel on achète de la contrefaçon de très bonne qualité. Illégal selon la loi mais toléré. La police semble bien arrangeante dans certains cas. Il me donne son numéro. « Call any time ». Il parle peu anglais, mais c’est le premier à me faire ce type d’invitation, ce qui me réjouis. Nous sortons ensuite dîner tous les trois, puis il est convenu que nous irions au marché le soir même. Après que j’ai finalement investi dans des pumas noires (12 euros), nous allons boire un coup vers chez lui à Itaewon. Nous parlons peu (je me méfie : dans le bus il commence à me dessiner des bites et des chattes pour m’expliquer la différence de taille entre européens et asiatiques), mais il est sympa. Nous faisons le tour du marché (« all imitation »), passons près de danseuses (« asian girl fantasm ? »), visitons quelques-uns des immeubles à proximité consacrés aussi aux vêtements, dans lesquels chaque boutrique (environ 6 à 12 mètres carrés) possède son vendeur (« piki »). « stress people », me dit Young-sin, et il est vrai qu’ils font bien leur métier. Ces commerces autrefois très prisés, car moins chers que les commerces de marques, sont en pleine chute à cause des boutiques internet. Nous sortons au-dessus de Cheong gye cheon (voir Dimanche 15 avril), puis nous allons boire un coup près de chez lui. Il habite Itaewon depuis qu’il est enfant, ce qui fait de lui un séoulite particulier. Il cotoie des Yankees depuis tout petit, et apparemment il aime bien dire qu’ils s’est souvent battu avec eux (il y avait sans doute des bandes de gosses). Nous échangeons sur notre âge, notre situation. Nous nous entendons bien, la phrase de la soirée est « same situation », car il me dit qu’ici être dessinateur de bd n’est pas super : « no money no girlfriend ». Ok j’ai une copine, mais je lui dis qu’en France ça peut aussi être le cas (pardon à tous les copains sans le sou et célibataires). Enfin il me raccompagne au bus et on se dit à bientôt. Le lendemain je découvre son compte-rendu sur son blog, je vous laisse découvrir ça en image.
http://blog.naver.com/warehouse7

Mardi 10 avril Photos Sorti vers huit heures pour changer de l’argent. Je marche en direction de Dogok, à deux stations à l’est de Yangjae. Le soir de notre sortie au Coex Mall, Dae-joong m’expliquait que c’est l’un des endroits les plus chers de la ville. Des buildings ultramodernes accueillent des bureaux et des appartements de luxe. Sur le chemin je vois mon troisième accident (bénin) de la route depuis une semaine, un bus a enfoncé l’aile d’une voiture à un feu. On démonte un building, aussi, avec des pieds-de-biche (sols et plafond). À Dogok, je prends le métro en sens inverse. La banque se trouvait bien au début de l’avenue, près du bureau, mais je n’avais pas reconnu le logo. De plus je trouve une station de développement qui fera enfin l’affaire.
Dimanche 8 avril Photos Première tentative de traverser Séoul à pied, départ de Yangjae, en essayant de rester assez à l’écart des grands axes, qui ne sont toutefois jamais très loin. Je préfère effectivement les petites rues, pour leurs commerces, leur calme, et ce dimanche matin j’y croise toutes les trois minutes (autrement dit à chaque église) un attroupement de paroissiens, ou l’un des leurs en tain de faire la circulation sur la route. L’autre raison est que c’est moins pollué et bruyant qu’au bord des grandes artères. Seung-won (interprète et traducteur pour Sai comics, nous nous sommes revus plusieurs fois à Paris après notre rencontre à Angoulême) et Sue-hyunn m’avaient prévenu que Séoul n’était pas une ville où l’on prend plaisir à marcher, à cause de ces nombreuses 2x3, 4 ou 5 voies qui la traversent, et notamment dans la partie sud de la ville. Elle a été aménagée et dédiée aux affaires du monde moderne capitaliste à partir des années soixante-dix ; les tracés des bâtiments y sont rectilignes. Bref si parfois je ne peux éviter de retrouver ces grands axes, j’essaie de ne m’en servir que comme guide. Je repasse à Gangnam, lieu de la nuit où nous sommes venus jeudi. Il y a pas mal de monde le jour aussi, les magasins sont ouverts et les bars sommeillent. De là je poursuis jusqu’à Jamwon. Dae-joong m’ayant suggéré une promenade le long d’Insadong (métro Gyeongbokgung stn.), rue touristique située au nord du centre ville, je marche grosso modo vers le nord. J’arrive soudain (enfin) à un changement dans le relief et m’empresse de gravir cette route menant peut-être à un point de vue intéressant.

Malgré la courbe du terrain, elle a été tracée comme les autres, droite et perpendiculaire. La route passe près d’un ensemble d’immeubles d’habitation typiquement coréenne, les « apateu » (pour « apartment »), et derrière ceux-cis on aperçoit des arbres en nombre. Je décide de poursuivre, n’ayant pas encore vu de grands espaces verts dans cette partie de la ville. Il y a bien un parc ici, mais c’est d’abord sur une barrière et deux soldats en arme que je tombe. Ils gardent l’accès à la dernière route montant au sommet de la colline. Je poursuis le long du mur bétonné, en face duquel il y a des petites maisons qui ressemblent à des ambassades. Ayant contourné ce curieux point stratégique, j’arrive au jardin public. Par ce dernier on peut encore monter, presque au sommet de la colline. Le mur qui bordait la route est un simple grillage, qui permet de voir une partie des tourelles de canons. Il s’agit simplement de l’un des postes de tir situés en plein centre ville. Il y en aurait sur certains buildings. La Corée n’a pas officiellement signé la fin de la guerre, et la trêve se poursuit depuis maintenant plus de cinquante ans. Ce qui implique une armée prête à reprendre le combat, et un service militaire long (2 ans avec rappels) maintenu pour tous. En passant sur le plus haut sentier du parc, je croise un père et sa fille, à laquelle il fait rapidement signe de la main pour qu’elle regarde les tourelles, sans même s’arrêter dans sa marche. Il n’y a pas foule au parc, un couple de jeune amoureux qui fait la sieste et un homme qui lit son journal près du terrain de badminton. Il y a aussi un grand chapiteau, comme l’un de nos kiosques à musique, mais d’un style coréen du moyen âge, en bois peint de couleurs vives. Je ressors du parc et achève de faire le tour de la colline. Je redescends vers les rues, puis les boulevards. Dans une des petites rues on fait des travaux, et j’aperçois un homme peignant des lettres sur la vitrine d’un bar. Je lui demande si je peux le photographier, il me répond « no problem ». Après deux clichés il descend de son échelle et me propose de boire un café. Je comprends qu’il est le gérant du bar.

Il vient d’ouvrir il y a une semaine, et me demande ce que je pense de la déco. Il est architecte de métier et vient d’ouvrir ce bar, car il souhaitait avoir son affaire à lui en parallèle de son cabinet. L’intérieur est très sympa, familier même : leurs spécialités sont des brunches, et des menus de type cuisine anglaise, italienne et française, ce qui nous amène inévitablement à parler recettes. Sa femme nous rejoint peu après, puis il est convenu que je leur ferait une tortilla, un de ces jours. Finalement nous reprenons un café et je passe aux fourneaux. La cuisine est superbe, de l’équipement pro dernier cri, c’est la première fois que je me sens aussi à l’aise pour préparer quelque chose. Ils ont tous les ingrédients nécessaires, je finis donc ma tortilla aux pommes de terre et nous la partageons avec un peu de salade et une sauce vinaigrette. Nous discutons des présentations possibles de la tortilla au menu. J’aimerais bien visiter son cabinet d’architecture, et voir ses travaux. Deux particularités coréennes m’ont frappé. La première est le système de chauffage des sols, par un réseau de tuyaux d’eau chaude, la seconde est la promiscuité d’architectures très différentes côte à côte. Mais il y a aussi le concept du « pungsujiri », littéralement « lois de la terre, de l’eau et du vent », qui traditionnellement consiste à choisir un lieu de construction en fonction de certains critères, et qui peut déterminer la valeur d’un terrain. Le palais royal, en plein centre ville de Séoul, en est le parfait exemple. Derrière, au nord, il est entouré de montagnes (le dos), et devant l’entrée, plus au sud, coule la rivière Han (le ventre de la mère). Aujourd’hui seules les personnes de classe aisée tiennent encore compte de ces critères (car ils en ont les moyens), mais ils sont connus par tous. Enfin il y a les fameux « apat », des barres d’immeubles qui sont l’habitat typique coréen, d’abord de la classe moyenne, puis de tous aujourd’hui. Dans les mentalités, vivre dans ce type d’immeuble n’est pas du tout péjoratif, c’est même l’assurance d’un confort et d’aménagements modernes et ergonomiques. De plus seuls quelques riches veulent vivre dans une maison individuelle. Une maison à Séoul aujourd’hui, c’est une maison à côté d’un building.

Le restaurant s’appelle Diner Like. (www.dinerlike.co.kr) Nous nous promettons de nous revoir, et je repars vers la rivière Han, qui n’est plus très loin. C’est la deuxième fois que je prenais un véritable expresso à Séoul (ça manque), j’ai mangé français, et j’ai fait ma première rencontre en dehors du travail. Mon dimanche est fait. À la station Apgujeong je m’engouffre dans le métro. Ma ballade à pied s’arrête là, même s’il est apparemment possible d’emprunter le pont à pied (la rivière fait plus d’un kilomètre de large). Je descends donc à la station Gyeongbokgung, à la recherche d’Insadong. En sortant il y a une dame qui vend des carnets de croquis, à partir de 200 wons, un format A4 coûte 1000 wons (80 centimes). J’en achète deux et j’emprunte cette rue touristique, l’équivalent de Montmartre à Paris. Nous sommes à quelques kilomètres du palais impérial, et à deux rues se trouve un monument abritant une grande cloche que l’on fait sonner 36 fois à la nouvelle année, au moyen d’une poutre de bois, symboliquement actionnée par une personne importante choisie spécialement pour l’occasion. Mais Insadong est la rue touristique dans laquelle se rendent les Coréens venant des autres villes du pays, ainsi que les touristes des pays voisin, et bien sûr des pays encore plus lointains (dont je fais partie, hé hé). Je précise cela car si à Montmartre on voit une majorité d’étrangers, à Insadong c’est une majorité de coréens que je croise. En réalité, partout où je vais, je ne vois que des Coréens. Séoul est franchement moins cosmopolite que Paris, même si l’omniprésence de « l’étranger » est très présente dans les esprits, puisque tout une zone en plein centre de la ville a été le quartier général de l’armée américaine depuis la fin de la guerre. Cette présence et le modèle capitaliste suive par la Corée joue un rôle certain dans les esprits et dans l’identité nationale, mais je reviendrais sur cet aspect là quand j’en saurai un peu plus. Il y a de nombreuses boutiques vendant des objets traditionnels, masques et instruments de musique, ainsi que des encadreurs et des vendeurs de fournitures de dessin et peintures, et de nombreux restaurants. Tout au bout de la rue, une place sur laquelle on donne une représentation théâtrale chantée, avec instruments de musique et costumes. Il s’agit sans doute d’une légende, la troupe est composée de jeunes de 25 à 35 ans. Je sors de la rue piétonne par une ruelle étroite perpendiculaire qui laisse apparaître les arrières boutiques des restaurants.

Plus qu’un simple envers, c’est tout un labyrynthe de rues dans lesquelles sont accrochées des enseignes. On y sort des tables et chaises, et deux vieux habitués (et vraisemblablement alcooliques) y dégustent du soju, près d’une cuisinière sortie fumer une cigarette. Je débouche sur un nouveau boulevard, à proximité de la station Gwanghwamun. Il y a des grandes ouvertures de chaque côté du boulevard qui ressemblent à des entrées de métro, mais qui mènent à des galeries marchandes souterraines situées sous la route. Je ne m’en rendrai compte que plus tard, (voir dimanche 15 avril) mais parallèlement à cet axe se trouve Cheong gye cheon, une rivière artificielle reconstruite il y a deux ans et dédiée aux promenades en couples et en famille le week-end. Longue de plusieurs kilomètres, elle suit l’ancien tracé d’un cours d’eau recouvert pendant la période de la modernisation. Je rentre après avoir enfin pu me renseigner sur les tarifs de développement photo.
Samedi 7 avril Photos Ce matin je dors jusqu’à 10h30 environ. Je sors à 11h00, je dois être de retour à 15h00 afin que nous allions chez l’imprimeur pour checker un livre. J’ai deux objectifs pour aujourd’hui : passer à l’ambassade pour me signaler et aller à l’office du tourisme. C’est là où je me rendrai finalement car l’ambassade est fermée, et les banques de change aussi. C’est un petit bureau situé à la station Itaewon. C’est au cœur de la ville, et le métro passe au dessus de la rivière Han. Elle est impressionnante (1km de large). À l’office je m’équipe d’une nouvelle carte, et je sors mon livre-plan à la dame, en lui disant que, cherchant le nom des rues, je voudrais un plan plus détaillé. J’ai la confirmation de ce dont je me doutais : il n’y a pas de nom de rues à Séoul. On trouve un lieu en donnant d’abord le district, puis le quartier, enfin le bloc. Ce qui explique que je ne trouvais pas les noms de rues, parfois. Mais j’en trouvais tout de même… Le soir Dae-joong confirme ce système, mais me révèle qu’il y a un mois, le gouvernement l’a changé. En réalité, des noms de rues sont en train d’être attribuées à toute la ville. Voilà pourquoi les quelques noms que j’ai pu relever jusqu’ici pour identifier mes deux premières escapades étaient inscrits soit sur des plaques de plastiques toutes neuves (rare), soit sur des flèches temporaires le long des grands axes. La plupart du temps les rues n’avaient pas encore leur nom.

À Itaewon, je suis surpris de croiser des non asiatiques. À force d’être entouré de visages devenus familiers, ces rencontres me ramènent à ma condition d’étranger. Peut-être ressent-on tous cela, en tout cas pour ma part je ne cherche pas spécialement à rencontrer mes pairs expatriés. Toujours est-il que je me rends compte que Itaewon est le cartier des étrangers dont m’avait parlé Seung-won puis Dae-joong. Non loin de là se situait l’énorme base militaire américaine, dont il reste encore certains bâtiments, et dont le déplacement à l’extérieur de la ville est en discussion. Il y a des terrasses de café, une vitrine de robes qui me rappelle Paris. Mais c’est le long du boulevard, que je quitte rapidemment. Une route en pente monte vers des hauteurs, je m’y dirige à la suite d’un groupe de vieilles dames qui discutent fort. Il passe devant une grande église, puis j’arrve dans un ensemble de ruelles. Aussi vite que cela, j’ai la sensation d’être dans un village. Toutes les maisons sont de bric et de broc, il y a du relief, et pas de shéma rectangulaire. La plupart des maisons ont l’air vieilles, du moins d’avant les années 80. Il n’y a plus un son de la ville, et une vue sur Séoul magnifique.


Au loin une montagne (il y en a plusieurs en ville), des ruelles étroites. Beaucoup rentrent des courses, une dame se fait coiffer, je passe devant un petit préau sous lequel des vieux taquinent des gamins. Où suis-je ? Un chien aboie à une terrase, il y a vue sur les toits, certains sont peints de couleurs vives. J’en profite pour prendre quelques photos.

Après cette parenthèse je redescends, et je ne tarde pas à retrouver une route bien droite, et avec son lot de taxi et de chauffards. Je m’arrête afin de me situer, puis après 30 mn d’efforts et d’allers retours je demande à un jeune bien sapé (il est meccano en fait, je le devine à l’état de ses doigts pleins cambouis qui parcourent le plan-livre. Sans ça il était presque en tenue de sortie) s’il peut m’indiquer notre situation. Je sais enfin où je suis, en face de l’hopital universitaire pour femmes pas très loin d’une station, de métro, et je peux maintenant me trouver à manger. Un restaurant où je commande un bol de ramen fera l’affaire, à 3500 won le repas. Je commande en coréen, ce qui n’est pas trop dur en réalité (il suffit de rajouter –juseyo à ce qu’on veut, dans un premier temps). En sortant la caissière me demande de lui montrer le nom du plat que j’ai noté dans le creux de la main droite, romanisé. La serveuse a cafté. Je repars avec le trac, mais j’ai finalement bien passé mon premier repas en solo. Trajet effectué : Yangjae (3) à Itaewon (6), transfer à Yaksu. Retour depuis Hangangjin (à une station de distance d’ Itaewon). Rentrée au studio. Nous n’irons finalement pas chez l’imprimeur. Nous parlons de cette semaine test écoulée et de comment nous organiser. J’y avais réfléchi depuis la veille, ayant besoin de pouvoir structurer mes journées. Dae-joong est satisfait de mon travail. Les horaires qu’il me propose sont celles que je pensais lui soumettre, ce qui me permettra de continuer à découvrir Séoul tout en faisant des nuits normales (+ de 5 heures). Je n’ai pas encore parlé du stage, du bureau et de la vie avec Kyung-sook shi et Dae-joong shi, et avec Sai comics en général, car je le ferai sous une autre forme. Ils me font tous deux un excellent accueil, et en plus d’avoir rendu ce projet possible ils sont plus qu’à mes côtés. Je crois que l’on va bien s’entendre. Puisque je suis en week-end et que je n’ai rien de prévu, Kyung-sook shi (-shi veut dire MR, Mme, Mlle) téléphone à l’atelier dans lequel quatre artistes de Sai Comics sont en résidence, afin que je les rejoigne. Il n’y a personne, tous deux meproposent donc de me faire découvrir le COEX Mall un gigantesque building qui abrite toutes sortes de magasins et cinéma pour les divertissements et le shopping. La plupart des gens sont en couple, c’est un lieu de sortie, et on y achète généralement pour offrir. On essaye de voir si il y a un bon film, avec sous-titres anglais, et si il reste des places. Apparemment, quand on veut aller au ciné il faut réserver à l’avance, car il y a du monde. Finalement nous prenons un café, le premier que je bois depuis Paris, accompagné de cookies et d’un muffin. Nous sommes venus en taxi, le COEX (Seoul World Trade Center) est dans le sud-est de le ville. Sur le trajet, Dae-joong m’a donné de nouvelles précisions quant au développement récent de la patie sud de la ville. Nous rentrons en métro. Trajet effectué Plus tard nous regardons The Host en dînant. Je ne pensais pas le voir ici, dans la ville où il a été tourné. Ce soir je finis de rédiger le texte de ces cinq premiers jours à Séoul et à Sai Comics.
Vendredi 6 avril Photos Lever à 7h00. Jjoong et Kyung-sook sont à leur bureau jusqu’à minuit minimum. Jee sors de nouveau ce matin. Je suis crevé par ce rythme, mais je souhaite quand même avoir du temps pour moi. C’est le seul créneau que je me suis trouvé pour l’instant, car à partir de 10h00 c’est travail, et Dae- ne travaille pas si longtemps mais fais acte de présence, ce qui est tout de même très difficile dans le sens où j’ai physiquement et mentalement besoin de coupure durant la journée. Cela peut paraître étrange, mais je comprends parfaitement cette façon de passer sa vie au travail, c’est une question de nécessité. On ne peut pas y échapper ici, et malgré ce qui m’est difficile aujourd’hui (il faut tout cumuler : manque de sommeil, de points d’accroche, décalage horaire et travail), je sais que l’on me fait un bon accueil. Nous nous sommes fixés une semaine test avec Dae-joong, ce qui me permettra de lui soumettre mon avis à ce propos ce week-end. Toujours est-il que je suis parti ce matin avec une idée en tête, et qui me trotte depuis un certain temps : acheter une carte de Séoul. Je me suis rendu chez un vendeur 24/24 près du bureau, un jeune monsieur assez sympa, qui m’a indiqué où je pouvais en trouver une. C’est peut-être ce même magasin que l’on m’avait conseillé hier mais que je n’avais finalement pas trouvé. Je m’y rends et demande en coréen « donnez-moi une carte s’il vous plaît », et le gars, un vieux bonhomme assis en tailleurs en train de lire son journal au fond de sa boutique (sur une espèce d’estrade surélevée, il était assis à hauteur de mes cuisses) me demande quelque chose. Voyant que je ne parlais pas la langue il prend un air embarrassé et retourne à sa lecture, comme si je n’étais plus là. Ce n’est pas la première fois que cela arrive, donc je lui dis merci, je sors et en partant j’aperçois le vendeur qui guéttait. Je le salue, il me demande « non ? » (en language des signes bien sûr ), je réponds, « eh ben non », dans la même langue. Il hésite un peu puis me fait signe de revenir. Je le rejoins, il sert quelques client-e-s et me fait « come, come ! ». Nous sortons vite de sa boutique, qu’il ferme, et on se met à courir vers le magasin du vieux (j’ai oublié de préciser : c’est une sorte de bazard et il vend de tout). Il lui pose la question, et finalement il y a bien une carte de Séoul, un livre à 12000 won qui détaille la ville quartier par quartier. Il n’y a pas le nom des petites rues malheureusement, mais ça ne fait rien c’est déjà un début. Le vieux est très sympa finalement, puis nous repartons au 24/24. Je remercie ce jeune monsieur, et lui demande à goûter une boisson au café qu’il a servie à une cliente un peu plus tôt. On prend un verres fermé d’un couvercle contenant des glaçons et on demande la boisson que l’on veut, c’est très astucieux et ça ne coûte que 1000 won (80cts.). Après lui avoir demandé cela il sert deux collégiennes (en costume s’il vous plaît), et l’une d’elle parlant anglais nous avons un peu échangé (et mon ami vendeur de lui expliquer que je cherchais une carte). Je pense que ça a du se passer ainsi : Lui : « il voulait une carte » Elle : « peut-être devrait il aller au métro » Lui : « oui, s’il va au métro ça pourrait être bien » Elle : « je peux lui montrer où se trouve le métro » Simple conversation qui amène donc la lycéenne à me proposer d’une façon polie de m’accompagner à la station de métro. Comme je ne sais que faire et que je ne sais quelle réponse va être embarrassante, je dis oui, du coup je lâche un « I will try tomorrow » à mon ami vendeur, pour la boisson, et nous voilà partis pour la station à deux cent mètres de là, pour aller chercher un plan de métro que j’ai déjà (en fait je l’ai oublié au bureau, quand même). Je ne sais même pas si c’est la direction des deux filles, peut-être qu’elles font un détour. Bien entendu nous croisons du monde, et je ris intérieurement de la situation embarrassante dans laquelle elles se sont mises. Parfois elles s’exclament quelque chose entre elles, parce qu’elles croisent quelqu’un qu’elles connaissent. Elles sont en train de se taper la zone avec moi, et ça me fait bien marer. Finalement elles ne prennent pas le métro. Je m’y engouffre donc. Je demande la carte oubliée du réseau, et je feuillette mon nouveau livre-plan. Le vendeur du 24/24 l’a ouvert à une page qu’il pointait du doigt, en parlant de cartes, peut-être m’a-il indiqué un endroit où je trouverais des cartes plus détaillées. Je fixe donc assez arbitrairement ce que sera mon premier trajet en métro. Il est maintenant 8 heures. Note : à propos du plan cela faisait deux jours que j’en parlais à Dae-joong, et le fait que j’ai pu m’en procurer un, et assez détaillé, format livre, me remplis de fièreté (merci copain vendeur). Ce qui s’est passé ensuite est très simple, voyant que j’étais en train de chercher la station qui correspondait à l’endroit indiqué par le vendeur, dans le livre-plan, (page retrouvée de mémoire), un monsieur de soixante ans peut-être, me dit « where do you want to go ? ». Je lui montre sur le plan (qui ne me parle pas trop) et il me dit qu’il va m’accompagner. C’est ainsi que je fais ce premier pas dans le métro, accompagné d’un homme, grisonnant, la voix fatiguée et qui a l’air particulièrement gentil. Je lui demande s’il va au travail, il en sort. Il est veilleur de nuit. Il travaille 24 heures, puis a un jour de repos, et ainsi de suite. Il est sympa, timide, mais surtout très fatigué. J’aimerais bien le rencontrer plus tard, quand je saurai marmonner quelques phrases, mais quand je lui demande finalement, alors que nous sommes descendus et qu’il m’annonce qu’il continue vers chez lui par le métro, « maybe we will meet later », il répond en souriant « I don’t know », puis il s’en va. J’ai été confronté à deux types de réactions depuis que je suis arrivé. Soit on m’ignore, soit on m’aide. C’est du 50/50. Et c’est pareil, il y a pas mal de gens qui parlent anglais. Comme je n’ai pas de montre, ni de portable, je demande souvent l’heure, et une fois sur deux on me la donne en anglais. En général je peux sentir de nombreux regards que l’on pose sur moi, tant la Corée n’est pas une société mixte. Et il me semble que les coréens sont timides, « en fait ils ne le sont pas mais sont tenus de l’être en société » m’a dit Dae-joong. Aussi, je suis touché que ce monsieur m’accompagne sur mon chemin. C’est quelque chose que je n’aurais certainement pas fait à Paris avec un étranger, par exemple. Et nous sommes côte à côte dans le métro, sous les regards des autres voyageurs. Trajet effectué : stations Yangjae (3) à Jamsil (2) ; transfer entre les deux lignes par station Seoul National University of Education (là où l’on forme les professeurs, m’avait enquis le veilleur de nuit, « it is allways crowded here, a lot of people »). Je sors et je me retrouve sur une grande place, sous le Lotte Hôtel. Je suis presque au centre de Séoul, un peu sous la rivière Han, sous un building immense, imposant, et même flippant. Les fenêtres en façade sont des carrés de 10 mètres sur 10, et la porte est immense. C’est la première fois que je sors du périmètre du bureau, situé au sud, (station Yangjae dans le quartier Seocho). Le Lotte World est un hotel, mais aussi une salle de jeux, un centre commercial et plein de choses encore, comme je peux le deviner en lisant les pancartes publicitaires, mais l’entrée est fermée, et seuls quelques personnes sont là, mettant en place les gratuits près de la sortie de la station de métro. Un groom fait le piquet à la sortie du boulevard (c’est à dire à 50 mètres de la facade de l’hotel, tant l’esplanade est grande). Je me lance dans une direction, ve rs le sud, en prenant le pont qui longe le parc d’attraction rattaché à l’hotel. Je ne sais trop où me rendre en fait, c’est un grand boulevard qui longe cet immense building, et il n’y a presque pas de commerces ici. J’arrive à la station de métro Seokchon, que je prends pour rentrer au bureau. Trajet retour : stations Seokchon (8) à Yangjae (3) ; transfer Jamsil (8 à 2) et Seoul National University of Education (2 à 3). Aujourd’hui je bosse au maximum, et je commence à ressentir les effets de la fatigue. Vers six heures, Dae-joong m’annonce que si je finis les images que je suis en train de faire, je serai en week-end. Je me réjouis de cette nouvelle, et c’est peu dire. Je termine donc tranquillement mes images et nous regardons ensemble un film. Ensuite dodo.
Jeudi 5 avril Photos Plutôt, en forme ce matin, malgré m’être couché à 2 heures. Debout 8 heures aujourd’hui, et deuxième escapade dans le quartier. Je ne retrouve ni les balayeurs ni les éboueurs de la veille, qui sont passés il y a plus d’une heure. Par contre c’est le défilé des adultes, des enfants (je passe devant une école primaire, que je retournerai visiter à l’occasion). Je découvre aussi une église, et passe le long des rues agitées, pompes à essences, et autres. À dix heures, travail. Je n’ai pris que quelques images, aujourd’hui, mais ravi car un monsieur en costume cravate m’a souri en me voyant prendre des photos de bonne heure. Mon horloge interne s’adapte, soit, mais peu à peu c’est mon esprit qui se pose à Séoul, et je fais le maximum pour qu’il le fasse en douceur, dans une ville dans laquelle je n’ai aucun point d’accroche, si ce n’est mon travail. Je ne connais presque rien de ce pays, ni des habitudes de ses habitants. Je me pose encore d’innombrables questions sur ce que j’observe et ressens, souvent sans réponse. Le soir nous sommes sortis boire un verre. Le quartier de Gangnam, qui est un point de concentration des clubs et de bars, est très animé. Des milliers de gens dans la rue, des stands d’objets à vendre sur les trottoirs, vêtements et bijoux, et des vitrines de magasins en tout genre, encore ouverts à 10 heures, avec leurs rabatteurs. Séoul est speed, et tous ont toujours quelque chose à faire, du travail. Comment dire, ma première impression, c’est que toute personne dans la rue y est pour travailler, pour aller d’un endroit à un autre, et jamais pour flâner, prendre du temps, regarder les oiseaux. En fait il y a pas mal de petits comportements qui changent ainsi, qui me paraissaient évidents, qui sont en fait autant de paramètres qui dessinent une vie en société. En revenant du bar nous avons croisé une jeune femme totalement ivre, qui après être parvenue à se détacher d’un jeune arbre qui lui barrait le chemin lui cria : « ne me touche pas ! ». Couché à deux heures.
Mercredi 4 avril Photos Ce matin, réveil matinal, à six heures. J’ai terminé ma journée d’hier dans le gaz, et je n’ai toujours aucune idée de ce qu’est vraiment la Corée. La première impression est très étrange. Je suis enfin loin de tout, de mon quotidien à Angoulême, de Paris. Mais ce n’est pas comme une plénitude, plutôt comme un décalage avec ce qui m’entoure. Je suis dans un autre quotidien que je ne cerne pas encore. C’est pour cette raison que j’enfile mes baskets et que je pars en ville. Je m’en rendrai compte par la suite, il y a moins de monde à cette heure-ci qu’à huit heures par exemple. Il y a les éboueurs qui passent, comme chez nous, à ceci près que j’en distingue deux sortes. Un camion récupère et vide des boites grises qui contiennent les déchets organiques, et un vieux monsieur tire un chariot à bras dans lequel il met certaines choses, qu’il sélectionne. Les restaurants sont fermés (les mêmes qui étaient ouverts tard le soir la veille), mais il y a déjà de l’activité. Plusieurs personnes se rendent au travail, de tous âges. Pour mon premier contact avec la ville, j’en profite pour prendre des photos et ce sont les rues que je parcours, en m’éloignant un peu, pas trop, du bureau de Sai Comics. Le bureau est dans une rue proche d’un carrefour de deux artères de Séoul, dans le quartier de Yangjae. Il y a une station de métro à cet endroit. Je pars donc du bureau et me perds dans le quartier, profitant de la lumière du levant, et du calme. Lorsque malgré mes efforts je débouche sur des boulevards plus importants, je constate que le trafic, même à cette heure avancée, est presque inchangé. Beaucoup de voitures et de bus. Ce n’est pas évident de traverser, on le fait peu en dehors des passages cloutés, et le petit bonhomme vert met du temps à venir. Je prends garde à rentrer à l’heure, avant 10 heures, lorsque le travail reprend à Sai Comics. J’ai pris un café dans un distributeur (seulement 300 won), et achté une boite de gâteaux 1200 won en même temps que mes pellicules (3000 won chacune), dans un magasin ouvert 24 heures sur 24. Cet après-midi il y a eu du monde au bureau. Plusieurs des auteurs de Sai Comics sont venus, et Dae-joong a eu un entretien avec une nouvelle. Ensuite nous sommes allés au restaurant avec KIM Su-bak, KIM Eun-seung et KWON Yong-deuk. Nous avons fait connaissance. Je lutte car depuis deux heures de l’après-midi, j’ai terriblement sommeil. Je suis en train de me faire au décalage horaire.










Mardi 3 avril J’arrive à l’aéroport Séoul Incheon International à 12h15, après quinze heures de vol, transfert compris. Dae-joong et Kyung-sook sont venus me chercher. Nous nous retrouvons enfin, après les coups de téléphone réguliers que nous nous passions suite à notre rencontre à Angoulême. Je fais la connaissance de Mme Cho, Kyung-sook, qui a fondé Sai Comics avec Dae-joong. Incheon est une île située à une heure trente du centre ville de Séoul. Mon premier contact avec la Corée se fait donc à travers les vitres du bus qui nous mène a sa capitale. C’est un paysage côtier, avec ses rives et digues en béton armé, puis très vite nous prenons l’axe principal (2 x 4 voies) qui mène au centre, le long de la rivière Han qui sépare Séoul en deux. La première chose que je remarque, c’est l’intensité de la lumière du soleil, légèrement plus mordante -pour les yeux- car il fait plutôt frais. Nous passons près de grandes barres d’immeubles verticales, portant chacune des numéros visibles de très loin, et Dae-joong m’explique qu’il s’agit là de l’habitat commun des coréens. Il y a encore beaucoup d’espace alentour, des parcelles de champs et des verrierres. Sur la route il est permis de doubler par la droite comme par la gauche. Je suis totalement épuisé par le voyage, n’ayant pas dormi dans l’avion, et nous arrivons au bureau. Je commence à travailler avec beaucoup de difficultés.
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